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C’est avec simplicité que Philippe Forcioli nous présente quatorze auteurs pour évoquer la guerre de 14-18. Une simplicité qui veut seulement dire les choses, comme elles se passent, comme elles ont été vécues. Et ça commence avec les discours à l’Assemblée Nationale après l’assassinat de Jaurès. Par sa diction même, il tente de nous restituer, sans fioritures, l’état d’esprit qui régnait à cette époque. Un hommage à Jaurès, applaudi à l’Assemblée, et l’entrée dans la guerre, tout autant applaudi. Et puis la guerre, celle où l’on part sûr de vaincre et celle qui fait les gueules cassées, où des hommes tuent des hommes (et, bien sûr, des écrivains) en pleine jeunesse, celle qui fait aussi des solidarités. Quelques chansons se glissent entre les textes lus, accompagnées à la guitare. Une musique signée Claude Debussy. Dans ces pages où l’Histoire tient une si grande place qu’elle risque d’étouffer l’humanité, Philippe Forcioli sait imposer, avec une sorte de douceur et avec humilité, les voix de ceux qui les ont écrites : Charles Péguy, Alain-Fournier, Louis Pergaud, Guillaume Apollinaire, Jean Giono, Blaise Cendrars, Roland Dorgelès, Gabriel Chevalier, Louis Ferdinand Céline, Joseph Delteil, Paul Fort, et Georges Brassens , Sylvie Germain, Jean-Marie Gustave Le Clézio.

J’ai assisté à cette lecture au CAEL, MJC-Centre social de Bourg-la-Reine (92), et le texte de Péguy avec lequel Philippe Forcioli termine cette lecture y vibrait tout particulièrement, quand on sait que Péguy est parti, pour mourir à la guerre, de cette ville où il habitait à cette époque : 

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.

Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de cœur.
Ou une sœur aînée qui est comme une mère.
L’Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d’Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son bœuf et son âne en bois d’Allemagne.
Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
Puisqu’elles sont en bois.
C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.