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Il y a quelques années, j’ai lu J’abandonne, un roman où, confronté à la mort de sa femme, un homme voulait tout lâcher, dans une société qui fonçait tout droit vers son propre néant, son obscénité. Il va cependant tenter de vivre parce qu’il le doit à sa fille, à présent que la mère de cette enfant est décédée. 

Avec Inhumaines (pourquoi ce titre au féminin pluriel ? pour Histoires inhumaines ?), Philippe Claudel semble nous dire que nous y sommes, dans l’obscénité, que le comique du slip de Bigard (qui prétendait faire tomber d'un coup tous les tabous) a conquis notre monde, de Bigard et de tous ceux qui lui ont fait escorte, et qu’il n’est même plus besoin de les nommer : ils sont parmi nous. Patrick Declerck, dans un entretien au Théâtre du Rond-Point, dit que nous, humains, sommes tout à la fois bons et mauvais, victimes et bourreaux. Philippe Claudel décrit un groupe où la normalité est l’anormalité : le suicide assisté devient un jeu de société, le candaulisme une pratique familiale, les SDF des objets de l’art contemporain… La liste est longue. Le roman nous met mal à l’aise sans doute mais n’est-il pas à l’image de cette société, déjà dénoncée en vain dans J’abandonne, et dont la télévision et internet font leurs meilleures audiences ? 

Et on est surpris d’une campagne électorale si violente et vulgaire ?