L-autre-cote-de-l-espoir-la-critique-Festival-de-Berlin

D’une cale pleine de charbon où il a été caché par un homme d’équipage, sort Khaled, un Syrien d’une trentaine d’années arrivé en Finlande où il va, immédiatement après une douche, demander l’asile. Il se lie avec un autre exilé qui lui conseille de sourire, mais pas dans la rue parce qu’on le prendrait pour un fou. Comment sourire quand l’asile est refusé et que Khaled, plutôt que de repartir en Syrie, choisit de dormir dans un local à poubelles où le trouvera Wikhström, un homme d’environ cinquante ans qui vient de quitter sa femme et son commerce de chemises et de reprendre un restaurant minable, la Chope dorée, grâce à l’argent qu’il a gagné au poker.

Khaled attend des nouvelles de sa soeur, dont il a été séparé au passage d’une des frontières qu’il a dû franchir. Wikhström aimerait que son commerce prospère et en modifie le nom et la carte n’hésitant pas à en faire un restaurant japonais, puis mexicain, ce qu'aucun des employés ne prétend être mais en quoi ils se déguisent. La musique occupe une place particulière dans ce film : elle accompagne le récit, les groupes de rock jouant dans les lieux où passent les personnages. Écrivant ce paragraphe, je pense au film de Fatih Akin, Soul kitchen.

« Je suis tombé amoureux de la Finlande, dit Khaled, mais si tu sais comment s’enfuir d’ici je t’en serais reconnaissant ». Car la vie d’un clandestin n’est pas facile. Accueilli par les uns, il est menacé par d’autres. La solidarité qui s’organise hors des bureaux des administrations (et qui ne concerne pas que lui) est plusieurs fois mise en danger, et le film de Aki Kaurismäki maintient cette ambiance où, comme dans un jeu de pile ou face, le pessimisme peut être l'autre côté de l’espoir.