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Tu es venu au café. Tu y as vu des visages connus, peut-être. Des gens que tu salues comme ça, content de les voir ou par habitude. Et une radio a commencé à déverser des propos difficilement audibles. Pas des chansons comme ces clips qui passent indifférenciés dans les bars des villes, où que ce soit, des clips ou des infos ou des matchs. Une voix qui dit ces mots : « Moi manger ça m'a toujours dégouté alors c'est pas mon affaire. Mais la boisson c'est une question. J'entends bien qu'on ne boit pas n'importe quoi, que chaque buveur a sa boisson favorite, mais c'est parce que c'est dans ce cadre là qu'il saisit la quantité. Cette affaire de quantité ça veut dire quoi ? On se moque beaucoup des drogués ou des alcooliques, parce qu'ils ne cessent pas de dire "oh vous savez, moi je maîtrise, j'arrête de boire quand je veux". On se moque d'eux, mais c'est parce qu'on ne comprend pas ce qu'ils veulent dire. Moi j'ai des souvenirs très nets, je voyais très bien ça et je crois que tous les gens qui boivent comprennent ça. Quand on boit, ce à quoi on veut arriver, c'est au dernier verre. Boire c'est, c'est à la lettre, c'est tout faire pour accéder au dernier verre. »

Il en va peut-être aussi ainsi de l’amour.

« Je sers », dit la serveuse. Mais qui commande ? Deux mots, des gestes, claquement de doigts ou plateau posé sur la main. « Je sers à quoi ? », dit encore la serveuse. Le client et la serveuse dansent au milieu des tables. Suis-je le client ou la serveuse ? Vais-je être mis à la porte après le dernier verre ? Vais-je danser sur le bar après l’avoir débarrassé, après m’être débarrassé de celui qui, en moi, n’est que client ?

En vie, pourtant. C’est la rencontre attendue, inattendue. Je me souviens de ce poète qui me disait avoir rencontré la femme qu’il a épousée quand elle était serveuse dans un bar où il avait oublié quelque chose et où il était revenu, peut-être pour le dernier verre.

J'ai assisté à ce spectacle à la Bellevilloise, à Paris.