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De plusieurs langues, elle est venue. Et c’est de cela que sont faits ses textes. Atemnot (Souffle court) est le titre de textes brefs, chaque page en portant les mots français et les mots allemands, deux langues qui ne sont pas sa langue maternelle. Et c’est à la fois une sorte de respiration des langues elles-mêmes et une forme d’incomplétude. Deux langues pour dire la même chose, et pourtant ce qui est écrit diffère d’une langue à l’autre, par le rythme, par l’ordre des mots, comme dans ce texte :

craindre la mort
à chaque inspiration

la peur qu’elle s’intercale
comme un verrou

bei jedem atemzug
die angst

der tod könne sich
wie ein riegel
dazwischen schieben

Dans l’une des deux versions, la mort prend la première place alors que dans l’autre c’est la respiration (Atemzug) ; et le verrou ferme la première version alors qu’il s’intercale (Riegel) au milieu de trois vers dans la seconde. Ces nuances modifient la façon dont nous percevons les textes, et sont, d’abord, l'effet d'une sorte d’impossibilité de dire ces choses puisque d’une langue à l’autre la même personne choisit des chemins différents. De même, fern, qui pour moi évoque le lointain, est dans un des poèmes dit « étranger », quand, plus loin, fremd, que j’aurais traduit comme étranger, est dit « pas à moi ». 

Ces textes courts prennent ainsi une ampleur étonnante et des corps, cette poésie fait des paysages, cicatrices de barbelés, une Europe minée dont « les mots ne sauvent / pas les choses »

Marina Skalova est, avec ce livre, lauréate du Prix de la Vocation de la Fondation Bleustein-Blanchet. C'est à l'occasion de la présentation de la nouvelle direction des Éditions Cheyne, au Théâtre des Déchargeurs, à Paris, que je l'ai découverte.