pierremabille

La lecture des Courtes pièces de Noëlle Renaude m’a conduit à celle de trop de monde, de Pierre Mabille, un livre que j’ai acheté il y a six ou sept ans et qui attendait ce moment dans une pile. Comment il en est sorti, je ne saurais le dire, mais on ne lit certains livres que lorsqu’ils sont prêts à l’être. 

La forme, d’abord, de ce livre, ce qui m’avait attiré quand je l’ai acheté, c’est une liste de personnages, alignée sur la partie droite de la page de droite du livre ouvert. Liste qui commence par « l’homme à bloc - l’homme à femmes - l’homme à hommes - l’homme à jour - l’homme à la buick… », et ainsi de suite près de 750 fois. Sur certaines pages de gauche, quelques-unes de ces figures donnent l’occasion d’un texte, un court récit développant le trait de caractère de tel ou tel « homme ». Si j’écris ici « caractère », c’est parce que chaque récit est inscrit dans un rectangle qui s’accroche à la page par un caractère typographique qu’il recouvre partiellement. Par exemple, pour « l’homme qui a quelque chose à dire » :

« l’homme qui a quelque chose à dire
sur tout ou presque
ça doit pouvoir se faire
mais question qualité attention
c’est pas garanti cent pour cent
il préfère prévenir. »

(les caractères typographiques sont, en partie masqués : deux fois la lettre q).

Certaines pages sont des reproductions noir et blanc de formes oblongues — nuage, oeil, et autres —, images qualifiées d’ « antidictionnaire », et l’ensemble ne semble être qu’un extrait d’un livre plus volumineux, si j’en crois la quatrième de couverture où la liste des quelques 750 « hommes » se poursuit dans une autre diversité.

En page de garde, il est précisé : « Empruntant les images "antidictionnaire" de Nathalie Bounoure, d'Antonin Mabille, de Bernard Moninot et de Monsieur 0981, Hervé Aracil a conçu et dessiné ce livre avec le caractère typographique Charter ITC de Matthew Carter. »

La description que je fais ici de ce livre n’en dit pas suffisamment ce que je viens d’y trouver : tant de monde, homme ou femme, « existe en vrai - existe en film - (…) - existe en faux - dans tes rêves - ici ailleurs (…) ».