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De bataille en bataille, le livre de Laurent Gaudé nous entraîne à travers les siècles et le monde dans ce qui semble le moteur de l’humanité : la guerre, la course à la mort, l’odeur du sang et de la charogne. Passé le premier chapitre, qui met en place la structure de ce roman, nous sommes au coeur des combats. D’où ne sort aucune victoire : les vainqueurs sont, à terme, perdants. Lincoln est élu après la bataille qui lui donne cette victoire, mais il est assassiné deux mois plus tard. Comment Grant n’est-il pas devenu fou au milieu du combat ? Hannibal, vainqueur puis vaincu, est resté pendant des années celui dont le nom faisait trembler Rome. Hailé Sélassié, humilié par les troupes de Mussolini, prononce un discours à la Société Des Nations qui en signifie la mort. Nous suivons deux personnes plus particulièrement : un agent des services secrets français, Assem, et une archéologue, Mariam. Les deux seront accompagnés des mots de poètes. Mariam aimera qu’Assem lui ait dit cette phrase de Cavafy : « Corps, souviens-toi, non seulement de l'ardeur avec laquelle tu fus aimé, non seulement des lits sur lesquels tu t'es étendu, mais de ces désirs qui brillaient pour toi dans les yeux et tremblaient sur les lèvres… » Assem, quant à lui, porte cette phrase de Mahmoud Darwich : « Ne laissez pas le monde vous voler les mots ». Et tous deux mesurent ce qu’est la défaite, « le temps de la défaite mais qui fait partie du reste et (qu’ils vont) essayer de vivre pleinement ». Et leur dernier geste, agissant comme un écho d’une rive à l’autre, réunit les conditions d'une germination.

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