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« Nous sommes des hyènes. C’est le surnom que l’on nous a donné dans le petit cercle où nous exerçons. Je déteste ce nom. Il me fait mal jour et nuit. Notre tâche consiste à préparer les familles dont un des membres vient de décéder à accepter une demande particulière. Nous leur apprenons sa mort et dans le même temps ou presque nous tentons d’obtenir l’autorisation de prélever sur son corps de multiples organes. » C’est ainsi que Philippe Claudel présente le personnage de son roman J’abandonne. Voilà une quinzaine d’années, j’ai lu ce livre, partageant la rage de cet homme ne supportant plus la société où il vivait, où la vulgarité l’emportait sur les murs de la ville et du métro, où la vie semblait ne plus valoir la peine de combattre puisque ce qu’on nous présentait ne valait plus rien…

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Un peu plus tard, sans faire le lien avec le roman précédent, j’ai lu L’intrus, de Jean-Luc Nancy, après avoir vu le film éponyme de Claire Denis (dont on disait qu’il s’appuyait sur le livre). Huit ans après avoir « reçu le coeur d’un autre », le philosophe s’interroge sur l’identité, l’humanité, une sorte de mutation en cours, l’homme devenant « ce qu’il est : le plus terrifiant et le plus troublant technicien (…), celui qui dénature et refait la nature, qui recrée la création, qui la ressort de rien et qui, peut-être, la reconduit à rien. Celui qui est capable de l’origine et de la fin. »

Ces deux livres me sont revenus en mémoire pendant la lecture de celui de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, dont le dernier mot est « neuf ».