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« Un homme qui crie n’est pas un ours qui danse ». Marc Nammour répète cette phrase dans un mégaphone. Sa voix multipliée. Sa voix multiplie celle d’Aimé Césaire. 

« Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot »

Il peut donc, Marc Nammour, faire sien ce texte écrit il y a plus de 70 ans, à travers lequel Aimé Césaire revendiquait sa négritude mais, au-delà de cette affirmation, disait à la face du monde qu’il était un homme, parfaitement, un homme. Libre. Et c’est un texte qu’il faut dire à haute voix, debout.

« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

On entend encore ces mots :

« Ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n’ai que haine ».

La musique de Serge Teyssot-Gay a pris la salle dans ses cordes. Avec Cyril Bilbeaud à la batterie, ils nous ont emportés dans ces bateaux négriers, dans ces galères, ces rafiots qui parfois ne peuvent même pas effectuer la traversée tant le danger est toujours présent. 

Debout dans les cordages, ce que peut l’homme, c’est faire entendre sa parole, y compris dans l’adversité. La musique nous entoure, comme la mer, il ne reste qu’à y déposer les mots, à les entendre, rythmé par les souffles, les appels, les « voum  rooh oh », et on arrive « au bout du petit matin ».

Ce spectacle est une lecture du texte d'Aimé Césaire : Cahier d'un retour au pays natal.
Marc Nammour a déjà été présenté dans ce blog avec La Canaille.
Serge Teyssot-Gay avec Denis Lavant ici, et avec Paul Bloas ici.

J'ai vu ce spectacle au Centre FGO Barbara, à Paris.