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Fatima (Soria Zeroual) est de celles qu'on ne voit pas, qui multiplie les employeurs parce qu’un seul ne peut suffire à faire face aux nécessités de la vie. Pour que sa fille aînée, Nesrine (Zita Henrot), puisse faire des études, elle vend ses bijoux. Elle fait partie de ces gens qui travaillent avant que les employés arrivent ou après qu’ils aient quitté leurs postes, comme les décrit Florence Aubenas dans Le quai de Ouistreham. Ou alors employés dans les cantines, pour le ménage. Ou bien chez des particuliers, qui déduisent de leurs impôts une partie de ce qu’ils payent. Et quand elle rentre chez elle, elle recommence : ménage, cuisine… Comment élever seule dans ces conditions ses deux filles, tout en leur transmettant l’envie de la réussite sociale, non pas pour être mieux que les autres, mais pour vivre dignement ?

Fatima écrit. En arabe. Ses filles parlent en français. Elle même prend des cours. Ce qu’elle écrit lui permet sans doute de trouver les mots justes, même quand sa cadette, Souad (Kenza Noah Aïche), l’insulte, de comprendre où se situent les difficultés et comment montrer avec modestie le chemin.

Philippe Faucon fait un portrait où peuvent se reconnaître d’autres Fatima, avec ce film dont on sort marqué par la douceur et la volonté de cette femme et qui témoigne d’une grande attention aux invisibles, y compris à ces jeunes qui ne sont pas tous comme ceux que montrait un autre film, Bande de filles. Et ça fait du bien.