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Qu’est-ce qu’il a voulu dire ? La mort est partout, et dès les premières images. La mort violente, la violence, le viol. Il y en aura pour deux heures et demi. Qui, si elles ne font pas monter le suspens, ajoutent du dégoût au dégoût. Pourtant, on sent bien qu’il y a un discours sous ces excès. Est-ce une leçon sur la nature ? Est-ce une réflexion sur la naissance des Etats Unis : en chassant les Indiens ou en s’alliant à eux ? Est-ce une démonstration de mysticisme, et du pouvoir d’un dieu vengeur ? Est-ce un nième film de survie (comme en regardaient les personnages d’un autre film, français celui-là, Les combattants) ? Et suffit-il qu’on dise qu’il s’inspire d’une histoire vraie pour qu’on lui accorde un peu de véracité ? 

Glass (Leonardo di Caprio) va naître plusieurs fois : après un combat avec une ourse, après avoir été enterré, en sortant du ventre d’un cheval mort. Chaque naissance lui fera refaire le chemin de l’animal à l’homme. Au passage, on lira en français sur une pancarte accrochée au cou d’un Indien pendu : « On est tous des sauvages ». Cette phrase, c’était quasiment le titre d’un recueil de poèmes de Joséphine Bacon et José Acquelin, vivant tous deux à Montréal, la première étant Innue, Indienne. C’est dans ce recueil que j’avais découvert que « sauvage » a son étymologie dans la forêt (sylva). J’ai vu quelques jours plus tôt Les saisons, film qui montre cette vie sauvage, cette lutte pour la vie dans la forêt. Glass, blessé à mort, peut devenir un ours dont il porte la peau et son combat à la fin du film pourrait le faire penser, mais l’homme, qui a perdu cette peau animale qui le couvre longtemps, laisse le pouvoir de vie et de mort à un dieu, qui choisit pour bras armé un peuple vivant en accord avec la nature. 

Enfin, une phrase revient dans les souvenirs et les rêves de Glass, phrase qui dit à peu près : Quand dans la tempête on regarde les branches agitées, on peut craindre que tout s’effondre, mais quand on regarde le tronc, on trouve la stabilité. Je pense que je m’éloigne du propos d’Iñárritu, mais je me souviens de ce que disait Guillaume Lecointre : un désordre dans les détails n’entraîne pas nécessairement un désordre global, de même qu’un ordre global ne s’appuie pas forcément sur un ordre dans les détails.

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J’ai vu ce film dans une salle parisienne : le Louxor, aux décors égyptiens et dont la terrasse du bar, au troisième étage, donne sur le boulevard Barbès, et Montmartre.