DSCN0504

Le Théâtre de Caniveau a choisi de faire entendre la parole de ceux qu’on n’écoute pas. De déranger. C’est-à-dire de ne pas ranger, de mettre du désordre. D’aborder de face les questions que nous préférons ne pas poser. Cette fois, c’est la folie. Il suffirait de mettre les fous dans des cases, des placards, pour que tout soit en ordre, n’est-ce pas ? Demandez donc aux fous eux-mêmes, celles et ceux qui ont la tête à l’envers, celles et ceux qui ont du monde dans la tête, celles et ceux dont la nuit est peuplée, comme disait Lucien Bonnafé. Le tout est de se libérer, peut-être d’être un autre, Blanche-Neige par exemple, alors qu’on est « gavé de médicaments ». Et cela vaut aussi pour celles et ceux qui regardent et qui rient. Parce que le Théâtre de Caniveau a choisi non seulement le travestissement, mais aussi le clown, et la chanson, une présence imparable, une qualité de jeu qui nous prend et nous rend sensibles à cette souffrance qui parfois ressemble à du bonheur, à cette joie qui parfois ressemble au malheur. Et si nous rions, ce n’est pas de la radicale différence entre eux et nous, mais bien plutôt par cette étrange fraternité qui fait notre ressemblance à travers nos dissemblances même. 

J'ai vu ce spectacle au Printemps de Paroles, dans le Parc de Rentilly (77).