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Revoir Paris, c’est un peu comme revoir sa copie, y retravailler. Les projets qui sont restés dans les cartons disent les visions successives de la ville à travers le temps. Devant certains d’entre eux, on se réjouit qu’ils n’aient pas eu lieu. Mais la ville aujourd’hui est la conséquence de choix plus ou moins concertés. Les percées d’Haussmann, les expositions universelles, le trou des Halles, Beaubourg, autant de réalisations qui marquent, en la transformant souvent, la ville de Paris. Et que dire de ses souterrains ? Mais l’exposition s’attache plus à tout ce qui se voit (bien qu’il y ait les dessins de Schuiten pour la station de métro Arts et Métiers).

Revoir Paris c’est aussi voir à nouveau cette agglomération qui s’est étendue de siècle en siècle, depuis cette vision colorée et révolue que l’on trouve en entrant jusqu’à l’animation interactive en 3D au fond de la salle permettant d’avancer dans deux mille ans d’histoire urbaine. Devant ces projets, ces images, on peut se demander où en est le Grand Paris. Schuiten et Peeters mettent sous globe des monuments, la ville même, un peu comme s’ils soulignaient le traitement de la ville-musée, ou comme s’ils se souvenaient du livre de Clifford Simak, Demain les chiens, où une ville est mise sous globe pour y contenir les hommes incapables de respecter la nature hors de ce globe.

Revoir Paris c’est encore creuser les utopies, celle de Jules Verne, mais également celles d’urbanistes et d’architectes, travailler la vue qu’on en a du ciel, que Victor Hugo ne pouvait qu’imaginer quand il écrivait Notre Dame de Paris. C’est poursuivre les recherches qui ont donné La Défense, envisager que la ville s’étendra jusqu’au Havre par exemple. C’est modifier les frontières qui établissent actuellement un intra muros (même si les murs en question, les « fortifs », ont été remplacés par le périphérique intraversable) et une banlieue. Aulnay-sous-Bois est dans ce Paris de Schuiten et Peeters et ce n’est pas uniquement une affaire de transports en commun. 

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Revoir Paris, c’est enfin le titre d’une bande dessinée où une jeune femme vient d’une colonie spatiale visiter une ville dont elle a les souvenirs qui lui ont été peut-être légués puisqu’elle n’a jamais vu cette ville bien que ses parents y aient vécu avant de migrer, ou de mourir. Nous ne sommes pas faits que de ce que nous avons vécu. Nous portons en nous plus que nous-même. Je ne sais comment cela se fait mais notre imagination, notre mémoire sont riches de ce que nos parents y ont déposé, et s’enrichissent de ce que nos rencontres y ajoutent. Kârinh, dont nous suivons les aventures dans un Paris futuriste, dont les habitants - ou du moins ceux qu’on y croise - ont toujours l’air de sortir du XIXe siècle, va-t-elle trouver quelque chose qui aurait été figé dans un passé plus ou moins lointain ? « La forme d’une ville change plus vite que le coeur des humains ». Baudelaire ajoutait « hélas ». Et si on nous demandait vraiment notre avis ?