unmondeflamboyant

C’est un jeu. Dangereux comme l’est la vie : on peut perdre. On gagne rarement. A la fin, toujours on perd. A moins qu’on ait réussi les prolongements qu’on désirait. Des enfants ? Mais alors, peut-on vivre soi-même comme un prolongement ? Des oeuvres d’art ? Mais alors qui signe ? Et nous ne sommes pas fait d’un seul mais de plusieurs (« Je suis des multitudes ») : nos souvenirs même sont des reconstructions, des réinventions permanentes, et le souvenir raconté par l’un ne sera pas le même que raconté par l’autre, voire même à un autre moment.

L’histoire que joue dans ce roman Siri Hustvedt se complexifie et s’éclaire au fur et à mesure que l’on tourne les pages. Harriet Burden s’y cache et s’y révèle peu à peu. Elle garde ses mystères même si nous approchons de sa personnalité, voire de son intimité. Ce qui apparaît au début comme une tentative de démonstration de la place mésestimée des femmes dans le monde de l’art (au point qu’il faut à cette femme se cacher derrière des masques masculins), devient une exploration des liens familiaux, de la mémoire, des relations avec les autres et du projet. Féministe, Harry (comme elle se fait appeler) dépasse la question du genre. Ce livre à plusieurs voix parle aussi de l’Amérique, de ce qui compte dans l’art contemporain (l’argent et le quart d’heure de célébrité de Warhol), de notre monde, de ce qu’on transmet. De nombreux auteurs accompagnent le récit de Harriet Burden : Søren Kierkegaard, Fernando Pessoa, Margaret Cavendish (à qui l'auteure emprunte le titre The Blazing World), et beaucoup d’autres parmi lesquels une romancière Siri Hustvedt. C’est ainsi que le puzzle se reconstitue. Les neurosciences n’apportent pas toutes les réponses, puisqu’il vient à Harry une « mystique » qui dit avoir entendu une voix venue de « Sirius », un « système planétaire ». Sirius, c’est le début de Siri Hustvedt, celle qui écrit : « Il reste en moi des mondes à découvrir ».