joanfoncuberta

Le titre de l’exposition dit bien de quoi il retourne : Camouflages. La photographie et la vérité n’y font pas bon ménage, mais le spectateur que j’y suis y prend beaucoup de plaisir. D’abord devant les photos de végétaux que chacun interprètera à sa manière puisque nous nous détachons du réel pour imaginer autre chose, comme si les tiges, les fleurs, les feuilles et les épines dessinaient autre chose qu’elles-mêmes, mais sont-ce encore des tiges, des fleurs, des feuilles et des épines ? La salle suivante nous fait découvrir des créatures étranges, des chimères découvertes par un certain Peter Ameisenhaufen, accompagné de son photographe. Les manipulations ne sont pas génétiques mais celles du sculpteur, du naturaliste, du bidouilleur d’images. Ce monde est-il le mien ? Plus loin, plus haut, car nous avons commencé par le sous-sol, voici les reliques de religions, de sectes diverses, sous vitrine, ou photographiées. Un homme, une sorte de moine, est ainsi vu dans un monastère. Tout pourrait être vrai. Tout est presque vrai : ne sommes-nous pas tentés de croire, comme d’autres avant nous, que ce bois est celui de la croix du Christ ? que cet œil au milieu de serpents est celui de Méduse ? Encore quelques marches et voici un reportage extrêmement sérieux à propos de la découverte d’un squelette, parmi des coquillages fossilisés, d’une sirène, un animal marin au crâne humain et dont la colonne vertébrale s’achève en queue de poisson. Il y a tous les ingrédients du documentaire. Faut-il accepter les mots et les images qui nous sont ici servis ? Et que penser alors de cet astronaute soviétique dont les autorités auraient retiré le portrait parmi les autres cosmonautes au prétexte qu’il a été pulvérisé dans l’espace et qu’il ne fallait pas avouer un échec ? Enfants et adultes prennent de toute évidence beaucoup de plaisir dans cette exposition (qui s’achève le 16 mars).