debord_bnfIl l’a bien cherché : le voici exposé à la Bibliothèque Nationale de France, site François Mitterrand. Guy Debord à qui on doit ce livre, « La société du spectacle », est donc honoré par cette société même. Tout est propre dans ce lieu et ma curiosité (je n’ai lu aucun livre de Guy Debord, mais vu quelques films) me fait rencontrer des thèmes qui m’intéressent, notamment le goût des cartes, des plans de villes, et la psychogéographie. Mais tant de choses ne vont pas : s’il faut repeindre les vieilles toiles, faut-il les exposer dans ce genre d’endroit ? ou faut-il les repeindre à nouveau ? Chaque muséification, pour les « situationnistes », devrait être honnie. Hélas, non. Et les gardiens veillent à ce que les œuvres exposées ne soient pas taguées, ni même photographiées, qu’on se rassure ! Mais l’Internationale Situationniste s’est dissoute en 1972 et ce n’est pas cette exposition qui la réveillera, s’il faut la réveiller : mouvement groupusculaire, bien installé dans son époque (toute organisation reposant sur le principe des exclusions successives), prétendument découvreur de techniques cinématographiques (Godard n’avait-il pas déjà utilisé ces techniques ? Et avant eux les Lettristes)… J’avais cru au panégyrique qui avait, dans ma mémoire, accompagné le suicide de Guy Debord, un homme fidèle à ses convictions, intègre, etc. Et l’affiche de l’exposition montre un jeune homme avec des amis, en marche.

« Puisque l’homme est le produit des situations qu’il traverse, il importe de créer des situations humaines. Puisque l’individu est défini par sa situation, il veut le pouvoir de créer des situations dignes de son désir. Dans cette perspective doivent se fondre et se réaliser la poésie (la communication comme réussite d’un langage en situation), l’appropriation de la nature, la libération sociale complète. » (Internationale Situationniste – août 1964)

La dernière photo du catalogue (que j’ai feuilleté à la librairie de la BNF) montre un homme bedonnant (ne pas se moquer du physique) dans un décor bien bourgeois, enfoncé dans un fauteuil qui le ramollit. Cet homme-là n’invite pas à la révolution.