commeonrespireMa première rencontre avec Jeanne Benameur, c’est un spectacle du Begat Theater, à partir de son livre Les Demeurées. Et voici un petit livre, broché, Comme on respire, publié par Thierry Magnier. Où elle dit son chemin vers l’écriture. En prenant à témoin des dessins d’enfants, étymologiquement « ceux qui ne parlent pas » (du latin infans, qui n’a pas encore acquis le langage), et en évoquant cette nuit où, à cinq ans, elle a vécu elle-même la rupture de l’exil. C’est une suite de textes courts, que j’ai envie de citer presque tous :

J’ai entendu la musique de mon père. J’ai entendu la musique de ma mère. C’étaient musiques étrangères l’une à l’autre. Ils se mêlent en moi. C’est cela être la fille de. Je suis leur fille.

C’est un hommage à l’écriture, à la lecture, aux mots.

Je ne cesserai pas d’écrire, de lire.
C’est ma façon d’aimer.

Mais je pense que c’est l’aspect prométhéen de ce qu’elle écrit qui m’a touché :

Dans le silence d’avant toutes les langues, il y a eu la promesse. Celle que chacun de nous connaît au fond de lui. Celle d’une vie éclairée.

Un autre recueil, Notre nom est une île, publié chez Bruno Doucey, dit à peu près la même chose en quatrième de couverture :

Les étoiles incrustées sous la chair
il faut vautour et rage
pour nous arracher
un peu
de ce qui brille

Jeanne Benameur ne se prend pas pour un Titan, elle n’oublie pas que nous sommes mortels.