100_3530Une nappe au crochet de plusieurs mètres est étalée sur le sol. Le public s'installe autour. Comme autour d'une table.
Quatre femmes, talons hauts, prennent place, coiffées d'une sorte de crête faite d'aiguilles à tricoter ou de crochets de broderie. Elles vont de long en large et, très vite, leurs langues vont se délier, leurs cheveux se libérer. Un peu comme si nous étions de connivence : le quotidien, les histoires de séduction, les images de féminité colportées, les complicités, les rivalités, les questions, l'énergie qui tient debout, qui aide à se relever.
Toutes ces choses qu'on se dit dans l'atelier quand on est à l'ouvrage, les secrets qu'il est bon de confier pour s'en soulager, une façon de se mettre à nu, par confiance ou par provocation, de constater qu'on vit des choses semblables, qu'on souffre des mêmes maux (mots), qu'on se rebelle contre les mêmes choses inacceptables.
C'est un spectacle de danse dans la rue, sur le bitume. Quatre femmes parce qu'il n'y a pas de hiérarchie entre celles qui dansent, celles qui parlent, celles qui jouent de la musique ou travaillent à la régie technique. Mais plus que quatre parce que les rejoignent une dizaine de femmes, venues du public, symbolisant le groupe de brodeuses, ensemble.
Les bruits des machines, les paroles des ouvrières, les pas sur la nappe, et le silence qui s'installe sans éteindre l'énergie transmise d'un tel spectacle.

J'ai vu ce spectacle du Group Berthe à Saulx-les-Chartreux (91) dans le cadre des Beaux Dimanches d'Animakt.