100_3479On vous donne des écouteurs, on vous dit de suivre un objet (journal, stylo, boite d’allumettes ou orange) et vous allez vivre un expérience hors du commun. Ce théâtre est invisible. Nul dans la rue, s’il n’est lui-même dans la balade, ne saura rien de ce qui se passe. Vous serez une dizaine pour chaque objet et vous allez entrer dans les pensées d’hommes et de femmes que vous ne perdrez pas des yeux, mais avec la plus grande discrétion. Quatre solitudes. Et pourtant, partout, sur les trottoirs, sur les murs, s’écrivent ces mots : « Vous n’êtes pas seul ». Et certainement, vous n’êtes pas seul puisque nous sommes plusieurs et avec cet(te) autre, là, dont nous percevons les mots, les fragments d’histoire, cachés mais qui s’insinuent en nous. Et tout ce qui arrive prend alors un relief étonnant : ces clients à la terrasse du café que nous n’aurions pas vus sans doute, cet homme qui aide à ramasser les feuilles tombées d’une enveloppe et dont nous seuls savons que c’est le récit d’une vie. Tout se passe comme si « y a rien qui se passe » (pour reprendre une chanson d’Allain Leprest). Et pourtant quand nous retirerons de nos oreilles ce qui nous a réunis une petite heure dans les rues de la ville, nous en resterons assez bouleversés, comme nous l’étions en sortant de la boite où la Compagnie nous offrait Les Demeurées de Jeanne Benameur, et différemment parce que nous ne nous sommes pas extraits de l’agitation de la ville, cette ville à qui nous appartenions, cette ville qui nous appartenait.

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J'ai vu ce spectacle dans le cadre du Printemps des rues, à Paris (10e)
Prochaines dates : 4 et 5 juin, Onze Bouge (Paris 11e) - 18 et 19 juin, Festival de l'Oh! (Nogent sur Marne - 94)