Pour la deuxième soirée de rencontres poétiques au siège de TIASCI et des Editions Paalam, nous avons évoqué Fernando Pessoa. Nous avions prévu de parler de poésie et d’exil. Alors, pourquoi Pessoa ? Lui qui a vécu presque toute sa vie à Lisbonne, où il est mort en 1935, âgé de 47 ans.

vasu_pessoaC’est Vasudevan Kanagasabai (photo) qui nous a mis sur la piste, racontant comment il a rencontré cet auteur un soir, rentrant du travail, dans l’émission d’André Velter, Poésie sur parole. Fernando Pessoa, né et mort à Lisbonne, a vécu dix années de sa jeunesse (de 1896 à 1905) à Durban, en Afrique du Sud, parlant et étudiant en anglais, langue dans laquelle il écrira des poèmes jusqu’en 1921. Rentré au Portugal, il n’en partira plus, signant de plusieurs hétéronymes ses textes. Une malle contenait ses écrits que nous avons découverts peu à peu à partir de 1982. Au cours de la soirée, nous avons donné, tour à tour, nos voix à ce poète dont le nom signifie Personne. Personne, c’est aussi comme ça que se désigne Ulysse au Cyclope. Voyageurs qui cherchent leur quai…

Pessoa_LisbonneAh, tout quai est une saudade en pierre !
Et quand le navire se détache du quai
Et que l’on remarque d’un coup que s’est ouvert un espace
Entre le quai et le navire,
Il me vient, je ne sais pourquoi, une angoisse toute neuve,
Une brume de sentiments de tristesse
Qui brille au soleil de mes angoisses couvertes de gazon
Comme la première fenêtre où l’aurore vient battre,
Et qui m’entoure comme un souvenir d’une autre personne
Qui serait mystérieusement à moi.

Ah, qui sait, qui sait,
Si je ne suis pas déjà parti jadis, bien avant moi,
D’un quai ; si je n’ai pas déjà quitté, navire sous le soleil
Oblique de l’aurore,
Une autre sorte de port ?

(Ode maritime)