Un mot, une syllabe ; vous connaissez peut-être ce poème de Gérard de Nerval :

El Desdichado
(Le Déshérité)

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

Gérard Labrunie (dit Gérard de Nerval)

letenebreux

Nicolas Graner (cliquez sur l’image pour atteindre son site) a réuni autour d’une cinquantaine d’auteurs 236 versions de ce poème. J’ai retenu pour votre plaisir celle d’Alain Chevrier, en monosyllabes stricts.

Le sans dot

Je suis le fou des nuits, le veuf, aux pleurs sans fin,
Fils d’un roi du Sud-ouest dont la tour n’est que bris :
Ma star à moi n’est plus, et mon luth plein de points
A sur lui les rais noirs du Spleen peints à longs traits.

Dans la nuit du sous-sol, toi qui m’as pris la main,
Rends-moi le Mont si cher et la mer de Là-bas,
La fleur qui a tant plu à mon cœur lourd de deuil,
Et le cep dont un scion au lys des champs se lie.

Suis-je le dieu des sœurs ou du feu ? Crac ou Burns ?
J’ai le front qui me cuit pour un smack de la Queen ;
Je dors dans un grand creux où le nix fend les flots...

Et j’ai deux fois – très fort ! – pris pied au bord du Styx :
Tout en jouant tour à tour sur le luth d’un dieu grec
Les bouh ! bouh ! de la sœur et les cris de la fée.

G. Le Brun

Nous sommes aujourd’hui le 31 juillet. Ne nous fatiguons pas trop.

Je vous prie juste de faire une phrase, ou deux, ou trois, si ça vous chante, en mots qui sont dits d’un seul jet de voix*. On peut faire ça :

Je lui fais don de mon eau s’il la boit.

Les « e » (ou « es » quand il y a plus qu'un) en fin de mot de plus de deux lettres y sont tus…

* La définition de syllabe, selon le dictionnaire est : Voyelle ou groupe de lettres qui se prononcent d'une seule émission de voix.