« Le squelette est une charpente animale rigide servant de support pour les muscles. Il est apparu suite au besoin d'un organisme pluricellulaire de protéger ses organes et de garder une certaine forme malgré la force exercée par la gravité terrestre. Le squelette forme, avec le système musculaire et une partie du système nerveux, l’appareil locomoteur. », peut-on lire sur Wikipédia. La danseuse qu’est Aurélie Galibourg est, bien sûr, confrontée dans son art à cette définition.

munchjeunefilleetmort(…)

Aucuns t'appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L'élégance sans nom de l'humaine armature.
Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher !

Viens-tu troubler avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie ? ou quelque vieux désir,
Eperonnant encore ta vivante carcasse,
Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir ?

(…)

(Baudelaire, extrait de Danse macabre)

Aurélie n’est pas du côté de ceux qui montrent la mort pour faire réfléchir à la vanité de la vie. « On couche toujours avec des morts », chantait Léo Ferré. Son spectacle, dont j’ai vu trois étapes en un an, me fait voyager parmi les mots et les images que les humains mettent entre vivants et morts. Images de l’exposition en cours au Musée Maillol, images rencontrées dans l’œuvre de Munch (ci-dessus La jeune fille et la mort, eau-forte de Munch), et tant d’autres. Et je lis que les dernières paroles de Paul Léautaud, avant de mourir, auraient été : « Maintenant, foutez moi la paix ! »
C’est un peu ce que demande le squelette avec lequel elle danse. La paix. Parce que, même dans cette maison où il est à l’abri, il entend sans cesse les bruits des détonations, de la guerre dont peut-être il est mort, de la guerre qui le hante. Mais peut-elle accepter de le laisser en paix ? C’est l’enjeu de cette danse.
Et aussi de creuser dans la lumière.

Ce spectacle était présenté à la MJC Paris-Mercœur, dans le cadre du Festival Sortie de Chantiers.