regardsEn 1994, Giuseppe Tornatore présentait Une pure formalité, film dont les premières images montrent Onoff, un écrivain, courant à travers les bois et aboutissant à une sorte de commissariat perdu où il est interrogé par un inspecteur…

En 1995, Angelin Preljocaj présentait L’Anoure, ballet qui évoque l’expérience de Jean Du Vair après la mort accidentelle de ses parents…

Le scénario et le livret de ces deux œuvres sont de Pascal Quignard.

Et c’est à ces œuvres que j’ai pensé en visitant, en ce début 2010, l’exposition de Christian Boltanski au MAC/VAL à Vitry-sur-Seine (94), Après : un vaste labyrinthe où des êtres de lumière sans regard mais non sans voix nous interrogent sur ce qui nous amène dans cet endroit. « Etait-ce un accident ? » C’est la première question. D’autres suivent, tantôt rassurantes, tantôt inquiétantes. Au fond du labyrinthe, un mur immense où les miroirs ne réfléchissent pas les images. Tout est noir, sauf le mot APRES qui s’allume par intermittence, peut-être au rythme d’un cœur.

Que se passe-t-il entre le moment où je pense « je meurs » et le moment où l’on dira de moi « il est mort » ? Telle est, entre autres, la question de Pascal Quignard que j’avais retenue dans les deux œuvres citées. Telle est aussi la question qui m’apparaît dans l’installation de Christian Boltanski. C’est l’expérience d’un passage que nul ne raconte, celui de la fin de la conscience individuelle.

Des enfants jouent dans le labyrinthe. Des amoureux s’embrassent. Une femme semble danser autour des êtres de lumière. Un couple se cherche, se retrouve…

Et, si vous sortez par l’escalier qui monte au premier étage, des regards vous attendent, et vous obséderont un temps, regards des disparus, regards des autres, photographies que l’on photographie, légèrement agitées par un souffle.

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