terredexilQu’est-ce qui pousse les gens à quitter leur pays, les amis, les voisins ? La guerre, la misère, la censure… Les deux personnages qui débarquent dans une gare parisienne sont de ceux-là. Ils ont emporté dans leurs valises leurs marionnettes, et vont nous raconter l’histoire de leur village. La première tentative n’est pas très encourageante. Les gens qui vivent ici sont pressés, passent sans regarder et ne s’arrêtent pas, n’écoutent pas. C’est pour les comédiens l’occasion de montrer la marionnette, à taille humaine, et que nous reconnaîtrons un peu plus tard.

Bientôt, nous ferons connaissance avec tout le village, et avec son histoire. Les marionnettes sortent une à une des valises, c’est la manière qu’ont trouvée les deux exilés pour raconter cette histoire, ici et là, dans les rues, à la rencontre des habitants de ce pays, terre d’asile… Il y en a beaucoup, enfants, parents, soldats (parce que la guerre s’impose et déchire les couples et les familles), il y a même le chef d’état. Joie de vivre ou tristesse, ces deux-là essaient de tout dire, la nostalgie, la misère, la solidarité, la délation, la décision de partir, pas facile à prendre mais soudain nécessaire… Et les musiques accompagnent tout cela.

Le Théâtre de l’Ecume a pris cette question, comme ses marionnettes, à bras le corps. Sans démagogie, Yvette Harmonic et Alain Guhur essaient de comprendre, de montrer ces autres, ces étrangers, en quête de relations humaines. Leur pays d’origine n’était certes pas le paradis, mais ils le portent comme un bagage et en offrent la vision à qui veut bien s’arrêter un peu. Et la France, terre d’exil, organise des charters pour renvoyer ces hommes et ces femmes dans des pays où ils sont mis en prison ou certainement en danger, puisqu’ils sont partis. Et sans doute, ils repartiront.

Il y a une dizaine d'années, j’avais participé, à La Villette, à une exposition interactive où je devenais Tarik, un réfugié, fuyant l’Irak de Saddam Hussein, obligé pour atteindre le « pays des droits de l’homme » d’abandonner ma famille, de traverser des champs de mines, de croupir quelques temps dans une cellule jusqu’à ce que je m’humilie devant le nom du dictateur, de braver des dangers et la cupidité des passeurs, d’arriver enfin dans un centre de rétention, mais, ne comprenant rien des documents à remplir, j’étais renvoyé dans un pays d’où ma mère m’avait écrit Ne reviens pas ils te tueraient. Cela s’intitulait Un voyage pas comme les autres. Sur les chemins de l’exil. Une expérience éprouvante (j’ai gardé la carte d’identité de Tarik établie quand j’ai choisi le parcours de ce demandeur d’asile). J’y ai repensé pendant le spectacle du Théâtre de l’Ecume. On ne choisit pas joyeusement l’exil. On le prend douloureusement à bras le corps, et on ne sait pas de quoi demain sera fait.

Spectacle vu dans le cadre du Centre Culturel des Portes de l'Essonne - Salle Lino Ventura - Athis Mons (91)