feluredupapillonLe spectacle n’est qu’un moment de la vie. Quand on entre dans la salle, c’est comme si ce qui allait se dérouler sur ce tapis de danse blanc nous attendait pour reprendre un mouvement arrêté. Ce n’est pas un début. Et il n’y aura pas de fin. Le danseur sans tête se défait peu à peu de ses vêtements, pardessus, chemise blanche, chemise blanc cassé, et apparaît de plus en plus nu ayant retiré peau après peau, comme sortant d’une chrysalide. Certes pas nu, mais dépouillé ou, comme on dit, à vif.

Et quand il se met en mouvement, il répète, hésite, séparé du pardessus, de la valise, vers où aller ? Pourtant ce n’est pas l’hésitation qui m’apparaît d’abord, plutôt la répétition. Quand donc un geste répété (et le danseur répète pour produire un spectacle) devient-il un geste obsessionnel ? Le danseur est rejoint par une danseuse, dont les vêtements orange apportent vivacité, ouverture, altérité. Mais il ne peut rejoindre cette autre sans s’y prendre les pieds, et sans la perdre en même temps. Pourtant tous ses sens seront employés, le goût, le toucher, l’odorat, la vue, l’ouïe. Mais tous les sens, l’un après l’autre, c’est encore se diviser, ça ne permet pas de trouver l’unité de son être.

La valise ouverte, son contenu vidé, éparpillé, ramassé de manière un peu compulsive, puis vidé, éparpillé de nouveau, presque méthodiquement, voilà l’image dernière, chacun séparé de l’autre dans sa solitude. Et la lumière s’éteint alors que le mouvement continue. C’est que nous, spectateurs, allons retourner à nos activités, nos occupations, tandis que dans ces êtres, avec qui nous avons partagé une heure, continue le dépouillement, dans l’obscurité où nous les laissons, à vif, fragiles.

Et si les applaudissements ne jaillissent pas immédiatement, c’est parce que cette danse nous a bouleversés, touchés au plus profond de cette fêlure qui est aussi en nous.

J'ai vu ce spectacle au Théâtre du Lierre.