jesuisheureuxquemam_resoitvivanteUn film co-signé par Claude et Nathan Miller, co-produit par Jacques Audiard, dont le scénario est écrit par Alain Le Henry à partir d’un article d’Emmanuel Carrère partant d’un fait réel. Cette présentation ne dit pas tout, bien sûr, mais situe la démarche.

Je peux écrire ce texte dans l’autre sens et commencer par le fait réel, mais je ferais de ce film un documentaire, ce qu’il n’est pas, même si les personnages sont campés avec un certain réalisme, même si, par moments, on se sent voyeur de situations qui mettent mal à l’aise.

«Pourquoi vous ne regardez jamais quand on vous parle?». Tout dans ce film tourne au tour de cette question du regard, et, particulièrement du regard à travers une vitre ou l’objectif d’un appareil photo ou d’une caméra. Des vitres, il y en a toujours, dès le premier plan, des vitres dans lesquelles se reflète le monde extérieur, dans lesquelles le personnage principal cherche sa propre image, des vitres qui jouent tantôt comme surface du lien, tantôt comme plan de la séparation.

Mais il s’agit à mon sens moins de la séparation entre les êtres que de celle qui empêche Thomas d’entrer dans la vie, de passer du côté de la vie. Ou encore, pour l’écrire autrement : de quel côté de la vie va-t-il aller ?

La vitre, bien sûr, dans un tel film co-signé par un père et son fils, c’est aussi ce petit bout de verre qui sert d’objectif à la caméra. Ira, n’ira pas ? Thomas, dans l’établissement où il est placé avant que sa mère biologique ne soit déchue de son statut maternel et où il fera connaissance de ses parents d’adoption, regarde les gens qui vont qui viennent à travers ses doigts formant le cercle de cet objectif (et ce moment est filmé en caméra subjective). C’est l’instant de la bascule de sa vie, et il la vit comme s’il la filmait. Il y a aussi, dans la même période, la photo prise par une éducatrice juste avant la séparation. Enfin, il n’est pas anodin que le film s’arrête sur le regard face à la caméra de Thomas après qu’il ait dit la phrase qui sert de titre au film.

Comme si l’enjeu, au-delà de l’histoire racontée, était de savoir de quel côté de la caméra il faut être pour accepter sa vie.

Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec Emmanuel Carrère qui a récemment publié un livre intitulé D’autres vies que la mienne. Et de penser qu’on n’est pas toujours du même côté, qu’on est parfois acteur parfois spectateur, jamais tout l’un jamais tout l’autre et que, si je raconte une histoire, elle parle un peu de moi.