elleparbonheurGuy Goffette aime les femmes et la poésie. Il s’en excuse auprès de Bonnard : Pardonnez-moi, Pierre, mais Marthe fut à moi tout de suite. Comme un champ de blé mûr quand l’orage menace, et je me suis jeté dedans, roulé, vautré, pareil à un jeune chien. (…) Pardonnez-moi, Pierre, pardonnez-moi : Marie ou Marthe, Marthe ou Marie, de quelque nom qu’on la nomme, c’est son nom, c’est elle.
C’est elle, Pierre, que vous m’avez donnée comme un champ de blé sous l’orage, et elle fut à moi tout de suite, par bonheur, et toujours nue.

presquellesMais il n’a pas besoin d’un tableau, d’un portrait, d’une photo pour déshabiller une femme inconnue. Il lui suffit de rêver, de laisser filer ses phrases, de nous inviter à les suivre du regard, de nous faire entendre la petite musique du désir. On ne peut pas ne pas la voir nue. Nue, rougissante, les bras croisés sur sa poitrine, une jambe repliée pour cacher sa forte toison. Mais peut-être n’est-ce là qu’une impression, l’influence d’un peintre dont les nus sont plus nus que leurs modèles.

C’est une affiche déchirée, un chat entrevu, un voisinage dans le train d’un long voyage, une phrase à portée de main quand la main rencontre un sein (et perd la phrase), un plaisir toujours renouvelé du texte, du déhanchement presque insensible où l’entraîne la danse des mots.

Et je me laisse porter par ce rythme, je vois ce qu’il dit voir, le tailleur rouge, l’éclair rose de la peau sous l’imperméable, le mouvement d’avant en arrière que provoque le rire, celle qui aime mourir en images, la cuisine du célibataire…

Et je retournerais volontiers à Marthe et à Pierre Bonnard : Car il est dans l’ordre des rêves que l’homme sauve la femme, on ne sait trop de quel danger. Peut-être de la bête qui dort en lui. Peut-être du vide qui la menace et du temps qui lui pèse comme les générations. Peut-être plus simplement d’elle-même, du mensonge de la beauté, de son carcan. Afin que, disposant de son corps dans l’étreinte, elle puisse sauver l’homme de la mélancolie de la mort et lui rendre avec la mer le sel inépuisable de l’amour.