surlesable« Les livres pouvaient-ils prendre le pouvoir sur nos existences, les faire ressembler à ce qu’ils laissent en nous, des traces indélébiles parfois ? »
Il ne se passe rien dans le livre de Michèle Lesbre, Sur le sable. Tout s’est déjà passé. Et rien de ce que tente la narratrice pour provoquer l’avenir n’aboutit. De rendez-vous manqué en rendez-vous manqué, c’est cependant le passé qui se déplie, et, notamment, l’attentat de Bologne où mènent plusieurs pistes des récits entrecroisés, un des plus graves commis en Italie, et commis par des militants d’extrême droite le 2 août 1980.

La reconstruction de la gare a préservé le trou causé par l'explosion dans la salle d'attente et l'horloge est bloquée sur 10 h 25, heure de l’attentat. « La brèche ouverte dans le mur de la salle d’attente de la deuxième classe, en gare de Bologne, laisse une étrange impression. Elle est lisse et propre, on pourrait presque croire, si on ne savait pas, à une fantaisie d’architecte. »

De la même façon, le passé qui revient à la narratrice est figé. Irréversible. Récits, photos, rien ne redonne vie à ce qui est mort. Rien ne sauve de la noyade la jeune femme étendue sur le sable. « On croit que les histoires se déroulent avec une sorte de logique, un début et une fin, on fait semblant de ne pas savoir qu’elles sont là tout entières depuis le début, avec leur commencement et leur chute. »

Il ne se passe rien dans le livre de Michèle Lesbre, Sur le sable. Il n’y a que cette maison qui brûle lentement, toute la nuit, à proximité de la plage, sans que personne ne vienne éteindre l’incendie dont on se demande, à la fin, s’il a bien eu lieu. « Et je me répétais que tout n’était que provisoire, qu’il fallait saisir les choses et les gens, ne rien laisser filer, jamais. »