le_temps_qu_il_resteIl est toujours là, silencieux, les bras ballants, regardant de son regard à la fois innocent, inquiet, engagé, un peu perdu aussi dans ce territoire qui ne ressemble plus à ce qu’il était. C’est Elia Suleiman, dans son film Le temps qu’il reste. Enfant, jeune, adulte, il ne dit rien, ses films parlent pour lui. L’histoire de Nazareth, occupée par l’armée israélienne. Les premières images témoignent de la violence de l’occupation (des morts, un suicide, une scène de pillage, de torture), puis le ton change. Le père d’Elia est resté à Nazareth, il fait partie de la minorité arabe en Israël, mais toujours soupçonné…

Ce film tisse les souvenirs collectés par le réalisateur et fait le portrait de ses parents, le père d’abord, et la mère. A travers ces portraits, il évoque la situation d’une ville occupée, car, même si cette ville est présentée comme une ville israélienne, Suleiman n’oublie jamais l’épisode de l’occupation. Le détour par Ramallah en fait une évidence. Ceux qui ont vécu 1948 à Nazareth et alentour vieillissent et meurent : il reste peu de temps pour témoigner devant les générations suivantes et ne pas perdre tout repère. (Est-ce la même démarche qui fait écrire Sur ma mère à Tahar Ben Jelloun et 69 vies de mon père à Ludovic Degroote ?)

Mais la force de ce film, c’est cet exposé tranquille de la situation et sa capacité à nous faire rire par moments. Parce que la vie est là, que les détonations qu’on entend régulièrement ne sont pas toujours celles des armes à feu, qu’il y a aussi un feu d’artifice, étonnamment silencieux pour la mère qui, pourtant, bat la mesure pour une chanson, et que les derniers coups sourds entendus sont le bruit des basses dans une boite où dansent les jeunes malgré l’ordre donné par des soldats à respecter le couvre-feu.

A la violence du début a succédé une relative accalmie, et celui qui proclame dans un mégaphone le couvre-feu a le même âge que ceux qui dansent, et petit à petit, le rythme de son message s’accorde au rythme des danseurs. La différence entre eux, c’est l’uniforme, c’est d’être d’un côté ou de l’autre d’un mur. Et ce n’est peut-être pas celui qui tient le mégaphone qui sera le plus entendu.

Il suffirait de sauter le mur.