Une rencontre avec Gilles Clément laisse des traces, toujours. Quand on l’a entendu présenter sa conception de la nature, de la diversité, du « jardin planétaire », du « jardin en mouvement », du « tiers paysage », on ne peut plus observer les plantes, les paysages, comme avant. On cherche à en savoir plus. On va voir le Parc André Citroën à Paris, le Parc Matisse à Lille, l’abbaye de Valloires en Picardie, le jardin du musée Branly à Paris. On visite l’exposition du «Jardin planétaire» (c’était fin 1999), « Airs de Paris » (en 2007). On regarde des photos du Rayol. On tente de lire Thomas et le voyageur (éditions Albin Michel), on lit et relit Eloge des vagabondes (éditions NIL), Herbes (éditions Jean-Paul Ruiz)… Au cours d’une nouvelle rencontre après le 6 mai 2007, on écoute ses récits de La Vallée, le pommier couché, les couleuvres dans le toit, les papillons. Pas d’angélisme chez Gilles Clément, un engagement dont on se rend compte qu’il est entier et n’accepte pas de compromis.

la_valleeAvec Le salon des berces, qui vient d’être publié aux éditions NIL, on entre un peu plus dans la relation. L’homme construit sa maison dans et avec la nature qui l’entoure, une maison pour lui mais aussi pour les espèces vivant dans La Vallée (faune et flore). Il cultive l’amitié, lui qui fustige par ailleurs le langage guerrier de certains jardiniers. « Dépourvus de biens et d’argent, nous n’avons rien d’autre à placer que la confiance en nous-mêmes et cela remplit l’espace : notre banque est l’univers. Sans parrainage, sans patron, sans ordre, nous choisissons la nature pour guide. Nous la savons amorale et sans appel mais aussi sans jugement. »

Et nous sommes invités à suivre le chantier, joyeux, à faire la connaissance des voisins, du territoire (en Creuse), et de cette forme de mondialisation qui se passe de la télévision (mais pas des ordinateurs), celle des plantes. La visite de la maison comprend le jardin, c’est même surtout celle du jardin : la chambre des roches, la chambre de l’ouest, le salon des berces, le pommier couché, la chambre des fougères, l’arbre à perruques, le champ, l’airial, le potager, le perchoir, le château-toilettes. Nous y sommes, nous sommes les visiteurs de passage ; un verre de vin nous est servi, le temps d’écouter les oiseaux, de prendre des nouvelles des châtaigniers, d’évoquer les souvenirs de la mère, de parler du père, et de jouir de cet esprit de résistance à l’œuvre ici…

La Vallée (photo Gilles Clément)