Christophe Tarkos écrit :

Les nappes me perdent

Les nappes me perdent car elles tourbillonnent

Les nappes bougent

Il y a ce fait que ce n'est pas fixe, que c'est en train de bouger, que c'est en pleine évolution maintenant, que des nappes disparaissent pendant que d'autres nappes blanches, grises, sans forces et sans couleurs montent en ce moment, qui les voit monter ? montent sans que personne ne les voie monter, sont bientôt en haut en train de se tordre, de s'assouplir, de rentrer, de se fondre

je me suis perdu, j'ai bien fait de me perdre, j'avais la force de l'élan, puis je me suis perdu, j'ai mis toutes mes forces pour me perdre.

Nappes, nuages...

E_BoudinStéphane Audéguy, dans La théorie des nuages (Gallimard), évoque ces chercheurs qui, en un siècle, ont fait progresser la connaissance des nuages et, partant, de la météorologie. Luke Howard, au début du XIXe siècle, choisit de leur donner des noms latins pour que tout le monde puisse les nommer ainsi. « Avant lui, les nuages n'existent pas en tant que tels. Ce ne sont que des signes. (...) C'est un temps très délicat de l'invention scientifique que le temps du baptême (...). Les choses existent en dehors de leur nom; elles peuvent exister pendant des siècles, muettes et innommées. Pourtant il y a un nom qui est là, qui les attend dans le silence, un nom qu'il faut inventer, trouver en savant, en poète. »

ConstableIl est aussi question des peintres, Tiepolo, Constable (il apparaît aussi dans Eros mélancolique – voir ce blog, 1er février) qui, dit l'auteur, « trichent et s'en tirent », et d'autres qui « ne se sont pas méfiés : ils trouvaient les nuages intéressants, fascinants même : de constants miracles, aériens, infatigables. »

Le dernier de ces chercheurs, Richard Abercrombie, fit le tour du monde pour s'abîmer dans une contemplation surprenante, passionnante et secrète avant de mourir en 1917 «d'épuisement général », tandis que l'Europe « montre une inventivité presque juvénile dans l'horreur et les destructions ».

La science météorologique change au XXe siècle. Les nuages deviennent « des ensembles de points coordonnés dans un espace de simulation à plus de trois dimensions ».

Reste la possibilité de lever les yeux, de regarder le ciel, de plonger dans ces mouvements permanents, « les nuages... les nuages qui passent... là-bas... les merveilleux nuages!» (Baudelaire)