eros_melancoliqueJacques Roubaud et Anne Garréta publient Eros mélancolique. Je me suis précipité dans cette histoire. Une machine à remonter le temps, le temps de l'écriture, l'écriture du temps, une visite de Paris, une enquête scientifique, des expériences photographiques, une quête amoureuse, des vacances, une formidable construction romanesque, des apparitions, des disparitions, un habile mécanisme chiffré, des immeubles, des portes, des fenêtres. Dévoré, comme on dit, ce livre, dévoré par ce livre, dont je n'ai sans doute pas repéré tous les rouages, mais dont j'ai suivi les déambulations, les révélations sans me poser d'autres questions que celles même du récit. J'ai adhéré au personnage de Goodman, j'ai aimé être baladé par lui, j'ai ressenti ses espoirs, sa volonté, son désespoir, ses hésitations. J'ai éprouvé ses désirs, dormi quand il dormait, veillé quand il ne dormait pas. J'ai fait tout le chemin. Un personnage de fiction n'est pas seulement tel que l'ont voulu leurs créateurs; il est aussi fait de ce qu'en attendent le lecteur, les lecteurs, lectrices. Ce qui lui arrive ne lui arrive que si je le lis, si vous le lisez. Vous pouvez aussi bien l'abandonner au milieu du gué, d'autres viendront pour continuer l'histoire.